26 juin 2007
La lettre (2 et fin)
Ce jour là, Mademoiselle Agnès, après avoir fait ses courses, relève comme à son habitude son courrier. Sa surprise est totale de constater que trône au milieu des réclames colorées et des factures en papier recyclé une enveloppe d’un beau papier crème. Perplexe elle mets le reste de son courrier dans son panier au milieu de ses courses et rentre chez elle, fixant l’enveloppe sans vraiment la voir, la tournant et la retournant entre ses doigts. L’adresse est notée au stylo plume bleue, l’écriture est élégante mais sans fioriture. Au dos, pas d’adresse d’expéditeur, juste une sorte d’étoile dessinée avec la même encre. Enfin, à l’abri du soleil et des regards indiscrets, elle se décide à ouvrir l’enveloppe. A l’intérieur, un simple papier a lettre plié en deux, couvert de la même écriture bleue. Des les premiers mots, sa vue se brouille. Elle pâlit, rougit, puis sentant ses jambes flageoler, se laisse tomber sur la première chaise venue. Ses mains tremblent, agitant la feuille comme une brise d’été.
« Mon amour,
Tout le temps passé loin de toi me rend fou. J’ai besoin de ta présence, de sentir tes lèvres sur les miennes, de respirer ton parfum. Je veux partir à l’aventure de ton corps et te faire découvrir ses trésors cachés. J’ai besoin de ta présence, que les jours succèdent aux nuits, que nous ne formions plus qu’un.
Viens me rejoindre au parc ce lundi. Je t’attendrais sur le banc près de la fontaine. Nous partirons ensemble vers une nouvelle vie. Je quitte tout pour toi, viens, fais de même, rejoins moi.
R »
Le souffle court, les joues comme passées au feu, brûlantes et rouges, les yeux exorbités, elle stoppe la lecture.
« Qui… Qui ?? » Pense t’elle « Qui a pu oser m’écrire de telles insanités ? » Elle oscille entre honte et colère. Les mots lui sautent au visage, s’inscrivant au fer rouge dans ses yeux. Elle suffoque d’indignation. Elle tourne et retourne la lettre entre ses mains, comme les mots qui ne cessent de revenir en son esprit « corps… lèvres… nuit ». Elle revois comme en un cauchemar éveillé la terreur dans les yeux de sa mère, elle crois entendre a nouveau les cris qui perçaient la quiétude de la nuit. Elle se rappelle le sang, sa propre fuite à travers les rues lorsque sa mère est morte sous les coups de son père. Et reviennent d’autres images qu’elle pensait avoir oublié, nettoyé de sa mémoire comme elle astique ses meubles. Ballottée d’oncle en tante, fardeau encombrant dont personne ne voulait, la seule brève période de bonheur fut son passage chez ses grands parents, trop vieux pour prendre la charge d’une petite fille, et hélas trop vite disparus à leur tour. Elle finit par atterrir chez des cousins éloignés et c’est la que ce qui pouvait rester d’enfance, d’innocence, d’heureux en elle fut terni à jamais. Elle se souvient des pas lourds de cet homme lorsqu’il s’approchait de sa chambre. Tout lui revient en mémoire, l’haleine chargée de vin, la langue pâteuse qui s’insinuait entre ses lèvres, la douleur lorsqu’il s’allongeait sur elle et son dégoût quand il la forçait a prendre cette chose dans sa bouche.
Un cri dans la rue la fait sortir de sa transe mnémonique. Le visage crispé dans une grimace de haine, elle déchire la lettre, avec fureur comme si elle lacérait le visage de son cousin, vengeant ainsi la petite fille terrorisée qui est tapie au fond d’elle. Elle craque une allumette, enflamme les morceaux de papier. Son visage, un instant illuminé par la flamme, semble s’apaiser de cette purification.
Un courant d’air, un léger crissement de papier la fait porter les yeux sur l’enveloppe. Et la elle vois enfin l’adresse « Anbemeder ». Le premier moment de stupéfaction passé, elle éclate d’un rire mauvais et froid, tandis qu’au fond d’elle-même naît une petite déception en découvrant que cet amour ne lui était finalement pas adressé.
A 100 kilometres de là, ce lundi après midi, un homme est retrouvé mort d’une balle dans la tête. Il serrait en ses mains un journal sur lequel on pouvait voir les photos du mariage de Mademoiselle Agnès… d’Anbemeder…
25 juin 2007
La lettre (1)
Le printemps est enfin arrivé sur la petite ville d’Amberdeen. Milles et une fleurs ont écloses, transformant les jardins en un enchantement pour les yeux. Les rayons du soleil ont réchauffé les branches faisant naître des milliers de bougeons et de feuilles. Les oiseaux chantent leur joie et leur gaieté. Cet air printanier a raccourcit, coloré les vêtements et inscrit des sourires sur les visages des passants. Les amoureux se promènent main dans la main, les enfants courent, jouent, hurlent leur bonheur. Les maisons se sont mises à l’unisson, et se sont ouvertes à la brise légère.
Seule une maison garde ses fenêtres désespérément closes, les volets a moitiés fermés font barrage a l’ardeur du soleil. C’est une maison très stricte, pas de fleur aux fenêtres, pas de dentelle, ni de couleur aux rideaux. Les volets sont sombres, et le jardin rectiligne est clos par un haut mur.
C’est en cette maison que vit seule Mademoiselle Agnès. Elle est une belle jeune femme, mais d’une beauté froide, les cheveux noirs tendus en un chignon austère, toujours vêtue de noir, depuis le chemisier a haut col jusqu’aux souliers, en passant par la longue jupe cachant de sombres collants. Jamais de maquillage pour colorer ses joues pales ou sa bouche serrée en une moue de dédain. Aucun bijou ne vient souligner la finesse de ses doigts ou embellir la sévérité de sa mise. Elle vit seule, loin du tourbillon de la vie, loin du brouhaha de la ville. Elle ne sort que pour faire ses courses. A pas menus, comptés, elle se rend chez l’épicier, le boulanger ou le pharmacien. Elle avance le regard fixé droit devant elle, l’esprit fermé aux mouvements de la rue, inclinant la tête juste ce qu’il faut pour ne pas paraître impolie lorsqu’elle viens a croiser une connaissance. Ses paroles sont brèves, jamais elle ne s’attarde à bavarder, jamais un sourire ne vient effleurer ses lèvres. Ses courses faites, elle retourne chez elle, toujours selon le mme chemin, sans faire le moindre détour.
L’intérieur de sa maison lui ressemble, sévère et austère. Des meubles ternes, vierges de poussière, pas de bibelot ni de tableaux aux murs, juste une vieille photographie en noir et blanc représentant un couple âgé avec une enfant aux cheveux sombres.
Elle passe ses journées à nettoyer des meubles qui n’en n’ont nul besoin, rouspétant lorsque la vie du dehors, par un chant, un cri d’enfant, fait irruption dans son monde immaculé. Elle ferme sa maison et se ferme au monde ne voulant ni le voir, ni l’entendre.
Seule exception avec ses courses est sa visite journalière à sa boite aux lettres. Cette dernière ne contient en général que des publicités aux couleurs vives qu’elle s’empresse de jeter et des factures qu’elle n’omet jamais de payer.
10 juillet 2006
Etrange destin (8 et fin)
Ils continuèrent leurs découvertes, passant devant les dortoirs ou reposaient des enfants de tout age, et arrivèrent au niveau des salles de classe. La des etres mécaniques répétaient inlassablement a ces jeunes copies d’adultes les lois de la cité. Les mots ânonnés par les enfants firent échos dans la mémoire des hommes accompagnant mon grand-père. Les phrases revenaient sur leurs lèvres sans qu’ils s’en rendre compte. L’un d’entre eux, voyant le regard de ses compagnons se perdre, prendre cette fixité si étrange qu’ils avaient vu dans les yeux des enfants, se mit a hurler pour les sortir de cet étrange enchantement. Ils clignèrent des yeux a ses cris, secouèrent la tête et entrèrent dans une rage folle.
Toute la stupidité du conditionnement qu’ils avaient subis leur était brusquement apparu, et ils ne purent supporter de ne pas avoir été maître de leur destinés. Sans tenir compte des injonctions au calme de mon grand-père, ils se mirent a tout détruire systématiquement, secouant les enfant pour les sortir de leur rêves éveillés, malmenant les robots. Ils revinrent dans la salle de contrôle et brisèrent les écrans, arrachèrent les fils. L’alarme qui les avait accompagné jusque là se mit a hurler avec une telle intensité qu’il durent se couvrir les oreilles, puis sur une dernière note plus aigu que les autres elle s’éteignit.
Le silence les ramena a la raison, ainsi que les lumières qui se mirent a faiblir. La peur étreignit leurs cœurs, la peur du changement, la peur de la liberté. Leurs regards convergèrent vers mon grand-père qui avait rassemblé autour de lui les enfants terrifiés par cette fureur.
Sa voix s’éleva alors, calmement, détachant ses mots afin qu’ils pénètrent leurs esprits. Il leur raconta l’extérieur, apaisant leur peur. Les enfants le regardaient, croyant ce qu’il disait comme ils avaient cru les robots.
Il sentit la chaleur d’une petite main se glisser dans la sienne, et une voix fragile et ténue prononça ces simples mots : « emmènes-nous… ».
Il serra la main de l’enfant, hocha la tête et pris le chemin du retour, le chemin de la porte. Il sentait que les adultes hésitaient, craignant pour leur vie, la croyance de la mort sauvage et horrible étant si fortement implantée en eux. Mais mon grand-père ne pensait qu’aux enfants, il voulait les guider vers la liberté, vers la vie. Et surtout, il savait que la destruction des machines ne pouvait qu’entraîner la mort de la cité.
Il partit alors, entraînant a sa suite la troupe nombreuse des enfants, laissant les adultes a leur crainte et leurs hésitations. Certains décidèrent de le suivre mais il furent peu nombreux, les images de mort et de souffrance pesaient trop lourd dans la balance. »
La conteuse se tut et posa son regard empreint de douceur sur Helena et Jalvys. Puis doucement elle repris :
« Ma mère m’a souvent raconté leur descente le long de ces couloirs sans fin. Car, voyez vous, elle est l’enfant qui mit sa main dans celle de mon grand-père. Elle m’a conté le silence oppressant des corridors, leur noirceur et leur désolation que seul le bruit de leur pas rompait. Elle m’a dit la frayeur devant la porte et surtout leur émerveillement devant le monde qui s’offrait a eux.
Mon grand-père bloqua la porte pour permettre a tous ceux qui le désireraient de pouvoir sortir. Certains adultes firent alors demi-tourr, ils repartirent dans la cité, porteurs de l’heureuse nouvelle. Peu les crurent, peu choisirent la liberté… Nous sûmes plus tard que, faute d’administration, la population de la ville dépérit rapidement ; la faim, la folie s’emparèrent des habitants… C’est d’ailleurs la raison pour laquelle plus jamais nous ne tentâmes d’entrer en contact avec les villes de verre, préférant guetter et accueillir les bannis comme vous… ».
Le soir était tombé. Du haut de la colline Helena et Jalvys regardaient la lune se lever et ses rayons se refléter sur le dôme de verre qui avait été leur vie. Leurs mains se joignirent.
« C’est étrange, murmura t’elle, le jour parais ici plus court que la bas… ».
« C’est exact. »
La voix de Salvyra les fit se retourner.
« Les robots, en plus de tout le reste, gardent un contrôle constant du temps. Lorsqu’une journée est passée en ville, deux jours se sont écoulés dans le monde extérieur. Nous n’avons jamais compris la raison de cet allongement temporel… ».
Helena reporta son regard sur la cité au loin. Elle se sentait a la fois heureuse et triste. Heureuse d’être enfin libre, heureuse d’avoir retrouvé son amour, heureuse de cette paix qu’elle ressentait, mais si triste pour ses compatriotes qui jamais ne sauraient, et triste à la pensée de devoir quitter tout cela prochainement.
Comme pour conforter cette pensée, quelque chose bougea au fond d’elle, un mouvement d’abord à peine perceptible, puis plus fort qui la fit porter la main à son ventre. A l’idée de sa mort prochaine, une larme roula sur sa joue.
Inconsciemment, elle exprima ses pensées a voix haute.
« Hélas… la mort est en moi, qui chaque jour me dévore un peu plus… ».
Ses paroles étonnèrent Salvyra qui leva les yeux vers elle, surprenant dans le même moment le geste de la jeune femme contre son ventre. Elle compris et sa voix douce et chaleureuse prit le relais de son regard.
« Non mon amie.. Ce n’est pas la mort qui grandis en toi, c’est la vie. Un enfant né de votre amour verra bientôt le jour, une vie nouvelle, un esprit libre, conçu comme devraient l’être tout les enfants, par l’union de deux corps, dans l’amour et la joie. »
L’étonnement se lit sur le visage d’Héléna, puis vint la compréhension. Son geste se fit protecteur et tendre. Jalvys entoura ses épaules de son bras, et ensemble ils regardèrent vers l’avenir, vers cette vie emplie de couleur qui les attendait.
05 juillet 2006
Etrange destin (7)
Elle sortit, suivi d’une Helena médusée et d’un Jalvys souriant. Son arrivée dans la clairière fut accueillit par des cris de joies. Des enfants et quelques adultes les rejoignirent. Elle stoppa d’un geste les questions des adultes et s’assit tout simplement au milieu de la clairière sur l’herbe douce, elle pris un enfant, bien petit selon Helena contre elle et fit signe à tous ceux qui le voulaient de s’asseoir près d’elle.
« Je vais vous conter l’histoire de ce monde, l’histoire de notre peuple, l’histoire de ces villes sous verre… Tout cela se passe il y a bien longtemps… Lorsque les hommes sont arrivés sur cette planète. A l’époque la science était primordiale pour eux. Ils ne vivaient que pour et par elle. Leurs enfants naissaient dans des sortes de lits de verre, sans le recours aux parents, ils avaient des navettes spatiales, c’étaient des sortes de gros véhicules qui pouvaient voyager entre les planètes. C’est ainsi qu’ils sont venus ici. L’air n’était pas respirable pour eux, ils ont donc construit ces villes que nous connaissons tous, ces villes sous les bulles de verre. A l’intérieur, la vie s’est instaurée, d’abord tranquillement. Des hommes et des femmes qui se dévouaient à leurs recherches scientifiques. La ville était gérée par des machines, des choses qu’ils appelaient robots. Ces robots s’occupaient de toute l’administration des cités, de l’apport de nourriture, du confort des habitants, de l’économie… Puis sont venus les temps de l’oublis… Les communications avec la planète-mère ont été brusquement rompues, sans que nul ne sache pourquoi. Mais les citadins avaient bien d’autre préoccupations en tête que de s’inquiéter de cela. Ils ont continué leur vie, continué leurs recherches… Des enfants venaient les rejoindre, ils les formaient à leurs travaux… et la vie continua ainsi durant des décennies.
Sans qu’ils s’en rendent compte les robots avaient pris le contrôle de leur vie, ces etres sans âmes, sans émotion. Tout ce que ces machines savaient faire c’était gérer le quotidien, administrer la ville. Donc peu à peu sont apparues les lois éliminant les émotions, les sentiments. Même le simple fait de rire était devenu interdit car la joie n’était pas comprise par les machines. Ils ne savaient comment la prendre, ni ce qu’elle pouvait signifier.
Au début certains se sont rebellés contre cette façon de vivre, ils ont tenté de fuir les cités, mais le programme d’ensemencement de la planète n’était pas fini. Beaucoup sont morts dans d’atroces souffrances… Un petit groupe cependant a réussit à survivre, en prenant du matériel pour respirer à la surface et en créant le village souterrain ou nous vivons. Loin de tous et surtout loin de ce qui était devenue l’Administration, notre peuple a prospéré durant des centaines d’années, voyant la planète devenir viable au fil du temps, se couvrir d’arbres, de fleurs, de rivières.. Et donc nous avons commencé à revivre en surface, dans des villages cachés par la verdure.
Nous avions gardé dans nos mémoires ces hommes et ces femmes enfermés dans les cités de verre. Nous avons tenté de les prévenir que la planète était à présent prête à les accueillir, mais l’Administration de robots avait déjà fait tant de mal. Dans toutes les villes, il ne restait qu’une porte qui débouchait sur l’extérieur, et elle ne pouvait être ouverte que par les machines. Les appareils de surveillance, les caméras, ne retransmettaient plus les images du dehors. Elles ne se préoccupaient plus que de l’intérieur des villes, et de la population y habitant. Nous avons tenté d’entrer, de nous faire connaître, d’expliquer que le monde était désormais vivable, mais rien à faire, les robots-administrateurs refusèrent toujours de nous laisser parler à la population. Ils nous considéraient comme des etres nuisibles, des parasites qu’ils devaient à tout prix empêcher de contaminer leur population.
Un jour pourtant, à force de ténacité et de ruse, nous avons réussit. Nous sommes entrés dans une ville là-bas a l’Ouest. Enfin l’un d’entre nous a réussit, il s’agissait de mon grand-père. Il a profité que la porte s’ouvrait pour laisser le passage a un banni pour se glisser à l’intérieur. Il n’était pas fiché dans les banques de données de l’Administration, aucun signal ne partait de son corps, ils ne pouvaient donc le suivre… Et il en profita…
Il ne se déplaçait que de nuit, allant d’un quartier a l’autre, parlant aux habitants, leur disant les mensonges que les robots entretenaient. Certains le crurent, d’autres non… Il put réunir autour de lui une petite confrérie, des gens qui ne comprenaient pas les villes dans lesquelles ils vivaient. Avec eux, il parvins a pénétrer au cœur du système de l’administration, bravant les défenses et faisant fi des signaux d’alarmes que leur intrusion avait déclenché. Malgré les affirmations de mon grand-père, ils eurent du mal a croire ce qu’ils voyaient. Nul etres humains dans le sein des seins, mais des machines, une quantité infinie de machines qui géraient tout. Au murs des écrans relayant les images que captaient les cameras, sur les tables, des écrans plus petits analysaient des données venues de tout les coins de la cité, rien n’était laissé au hasard, rien ne leur échappait. En continuant leur fouille systématique des sous-sols de l’Administration, ils tombèrent sur des laboratoires. Alignés dans d’immenses pièces, des berceaux de verre, une multitude, dans lesquels grandissaient des enfants, nulle intervention humaine dans ces naissances, nul acte d’amour, seulement la science, la technique et la froideur des robots naisseurs. Ceux-ci continuaient leur travail malgré l’intrusion, imperturbables a ce qui n’était pas la tache pour laquelle ils avaient été programmés.
Stupéfait, les rebelles, qui n’avaient jamais vu de bébés, continuèrent leurs inspection des sous-sols, passant par les nurseries d’ou nul bruit ne s’élevait. Mon grand-père nous raconté son étonnement de voir ses bébés si calmes et si silencieux, pas de pleur, pas de rire. Quand ils ne dormaient pas il restaient le regard fixé sur le plafond, immenses yeux calmes, trop calmes. La moindre tentative de vagissement était stoppé net par les nurses mécaniques, inculquant des la petite enfance l’absence d’émotion de rigueur dans la cité.
03 juillet 2006
Etrange destin (6)
Ils traversèrent des couloirs déserts, descendirent des escaliers, semblant se perdre dans les profondeurs de la citée. Helena se demandait ou ils pouvaient l’emmener. Nul garde si ce n’est celui qui l’accompagnait, nulle porte, juste de longs corridors sans fin et des marches qui toujours plus bas les entraînaient. Plus ils s’enfonçaient dans le labyrinthe sous le tribunal administratif, plus les murs devenaient gris, puis noirs. Seule une lumière ténue leur permettait de continuer sans se cogner les uns aux autres.
Enfin… Une porte se présenta devant eux. Ils s’arrêtèrent. Le juge qui tout le long de cette pénible descente les avait précédé se tourna vers Helena.
« Vous pouvez encore renoncer. Vous pouvez toujours choisir la vie dans la citée. Pensez-y sérieusement… »
La prisonnière fit un signe de dénégation, et sereinement avança vers la porte, cherchant une poignée, un bouton, le moyen de l’ouvrir, mais celle ci s’ouvrit d’elle-même a son approche. Elle fit un pas, franchissant le seuil. Doucement, sans bruit la porte coulissa derrière elle et se referma. Elle était seule, dans un long corridor. Elle avança, des lumières s’allumant à son approche et s’éteignant des qu’elle était passée. Elle avançait, d’un pas tranquille, sans hésitation, persuadée que la fin de son calvaire approchait. Derrière elle, des portes se refermaient dans un souffle, mais elle n’y prenait pas garde, elle avançait…
Le couloir prenait fin. Une nouvelle porte se dressait devant elle, immense, décorée d’étranges sculptures. Helena se retourna pour voir le chemin parcouru, mais ne vit que le noir. Elle posa la main sur l’une des gravures et dans un bruit grinçant les battants de la porte s’ouvrirent. La jeune femme ferma les yeux et laissa ses pieds franchir le seuil.
Elle fit quelques pas a l’extérieur, les paupières serrées, attendant le souffle glacé de la mort. Un air frais l’accueillit, caressant ses joues, une odeur douce et sucrée lui pénétra dans les narines. Surprise, elle ouvrit les yeux et poussa un cri. Autour d’elle tout n’était que couleur a perte de vue, des verts tendres, des verts sombres, des verts éclatants. Sous ses pieds une herbe qui paraissait si douce que l’envie lui prenait d’ôter ses chaussures. Elle était parsemée de petites taches de couleur, jaunes, blanches, rouges qui semblaient vivantes sous le vent. Le ciel était d’un bleu éclatant, comme jamais elle n’en avait vu jusque là, et accrochés sur la voûte, elle voyait deux boules jaunes, aveuglantes.
Etonnée, persuadée de rêver, elle se retourna. La porte était bien là, mais elle avait perdu de sa splendeur, sa couleur noir brillante de l’autre coté n’était ici que grisaille et poussière. Le mur qui partait de chaque coté était envahi par ce qui semblait être de la végétation. Des branches montaient à l’assault de la construction, tentant de la noyer sous les feuilles. Helena recula afin d’essayer d’appréhender la totalité de la construction. Lentement elle reculait, ses pieds glissant sur l’herbe douce mais le mur lui barrait l’horizon. Elle reculait toujours lorsqu’un rire vint frapper ses oreilles. Ce rire… elle le connaissait, elle l’avait déjà entendu dans des moments intenses il n’y a pas si longtemps. Son cœur s’arrêta dans sa poitrine…
Lentement elle se retourna, gardant les yeux fermés, persuadée que ses oreilles lui jouaient un tour. Elle sourit en sentant la caresse sur sa joue, nulle main ne pouvait imiter cette tendresse. Elle ouvrit les yeux, le regard embué de larmes. Il était là, bien vivant. Sans un mot il lui prit la main et la guida vers l’intérieur de la foret. Elle se laissa entraîner. Il la mena au travers des bois, prenant de tout petits sentiers, à peine visibles. Il la conduisait d’une main ferme, semblant savoir ou il allait, sans hésitation.
Ils arrivèrent à une clairière, des tentes multicolores y étaient montées, des personnes allaient et venaient sans faire attention a eux, si ce n’est pour leur adresser un sourire en guise de bienvenue. Une femme passa près d’eux, portant dans ses bras le plus petit être qu’Helena est jamais vu, il ressemblait en tout point a un enfant, mais était minuscule et ne semblait même pas être capable de tenir sur ses jambes. Elle n’eut pas le temps de s’étonner, déjà son compagnon l’entraînait plus loin. Il la fit entrer dans une tente dont la toile était d’un rouge magnifique. Là une femme les accueillit d’un immense sourire.
« Enfin vous voilà ! »
Helena la regarda d’un air surpris.
« Vous nous attendiez ? »
« Bien sur, cela fait des jours que Jalvys se rends à la lisière de la foret pour vous attendre. Maintenant que vous etes là, nous allons pouvoir rentrer au village. Mais avant je pense que vous désirez obtenir des réponses. »
Helena regarda la femme, puis Jalvys. Elle ouvrit la bouche puis se ravisa.
« Demandes tout ce que tu veux mon cœur, ici nul ne te reprocheras tes questions, Salvyra y répondra »
« Vous dites des jours, mais il s’est passé tout au plus deux jours depuis que je t’ai vu dans la voiture de patrouille. Et… ces images que l’ont m’a montré ? Cette mort horrible ? Et ces paysages ? Et vous ? D’où venez-vous ? .. Et.. »
La femme au regard bienveillant éclata de rire, ce qui laissa Helena pantoise, presque effrayée. Elle tourna la tête vers l’entrée de la tente, persuadée que les gardes allaient arriver. La femme la calma d’un geste.
« Vous ne craigniez rien ici. Les gardes ne vous atteindront pas. Nous sommes ici libres, libres de nous exprimer, libres d’exprimer nos sentiments, libres de tout. Venez, suivez-moi, je vais vous conter notre histoire. »
01 juillet 2006
Etrange destin (5)
Les murmures dans la salle du tribunal lui firent lever le regard. A nouveau elle sentit ses joues se couvrir de cette pluie qui lui venait des yeux… elle ne pouvait plus les retenir, ne comprenait pas pourquoi elle ressentait ce besoin mais laissait les larmes couler doucement, sans bruit. Une femme en face d’elle poussa du coude son voisin et des chuchotements s’élevèrent. Le juge surpris par ce bruit regarda Helena..
« Qu’avez vous ? »
Helena essuya doucement ses joues et haussa les épaules. Le juge eu une grimace de dégoût.
« Ceci est une nouvelle preuve contre vous. Cette étrange eau qui coule de vos yeux… si je me souviens bien ce sont des larmes… Curieux, je croyais ce phénomène disparu… En agissant ainsi vous aggravez votre cas. Enfin… Quoique vous pensez nous sommes juste, ajouta t’il en jetant un coup d’œil aux cameras, nous vous accordons le droit de vous défendre… qu’avez vous a nous dire ? »
La jeune femme le dévisagea, puis laissa son regard glisser sur chaque visage en face d’elle. Leurs expressions étaient identiques… dégoût, horreur. Elle lisait dans leurs yeux le rejet de ce qu’elle était, de ce qu’elle avait fait. Puis lentement, comme a regret, elle se tourna vers la camera à l’autre bout de la pièce, cherchant à voir au-delà de cet œil impersonnel et froid. C’est à cet interlocuteur invisible qu’elle s’adressa.
« Je sais que la mort est mon destin… Mourir de la main du bourreau ou mourir à cause de ce mal qui grandit en moi.. quelle importance.. Je sais que je n’en ai plus pour longtemps. Je suis régulièrement prise de vertiges, de vomissement.. et ceci.. » ajouta t’elle en montrant son ventre.
Elle fit une pause, puis repris.
«Vous vous dites justes, mais avant d’avoir pénétrer dans cette pièce votre opinion était déjà faite. Vous m’avez jugé coupable, non pas coupable d’un hypothétique crime, mais coupable d’être différente, de ne pas être ce que vous auriez voulu que je soit. Alors soit.. je vais mourir, mourir d’avoir aimer, mourir de l’avoir perdu, mourir d’avoir oser laisser mon cœur et mes sentiments vivre… »
Le juge la coupa.
«Il n’y a nul bourreau dans la citée. Nul ne vous donnera la mort. Cependant, par vos actes et vos paroles, vous vous etes condamnée vous-même. Vous avez franchit les limites du possible dans cette cité, toutefois.. nous allons vous offrir le choix, votre retour parmis nous, après une période probatoire, avec la possibilité, si l’Administration vous en juge digne, de devenir tuteurs avec votre époux d’un enfant, ou alors, puisque cela semblait être votre désir, vous pouvez passer le mur et aller a l’extérieur… »
Il leva la main, comme pour effacer le sourire qui venait de se dessiner sur le visage d’Helena.
« L’extérieur n’est pas tel que vous le croyez. En dehors des murs de la citée, il n’y a rien, rien que la mort dans des souffrances atroces.. voyez plutôt »
Il fit un signe à l’un des gardes. La lumière baissa et un écran envahit le mur du fond. Des images tout d’abord floues commencèrent à bouger. Une terre grise, désertique… Un ciel qui semblait s’enflammer et exploser.. Un visage de femme, tordu par la douleur apparu à l’écran, elle paraissait supplier, les yeux exorbités par l’horreur. Ses gestes frénétiques désignaient un point derrière elle, l’angle de la camera changea pour suivre cette direction… Des corps, dénudés… Des corps par dizaines, comme tombés au hasard, pour certains dans des positions grotesques comme si la mort les avait frappé sans qu’il la voit. Pas ou peu de blessures si ce n’est celles que semblaient s’être infligées eux même ces etres pour échapper à l’étreinte glaciale.
Un murmure monta dans la salle, la lumière se ralluma, l’écran disparu. Le juge braqua alors son regard sur Helena, attendant d’elle une réponse a ce choix qu’il lui avait proposé. La jeune femme paraissait perdue dans la contemplation du mur vide, elle se retourna lentement vers lui.
« Jamais je ne pourrais vivre tel que vous le voulez, pas avec ce que j’ai vécu… si je ne peux vivre avec lui, je choisis la porte et la mort… peut être que la bas…. »
Elle ne finit pas sa phrase. D’un air résigné, le juge hocha la tête. Il se leva et fit signe au garde de le suivre avec la jeune femme.
27 juin 2006
Etrange destin (4)
Le départ précipité de son mari ne l’avait pas surprise, elle ne l’avait même pas remarqué. Toute son attention était tournée vers cet homme qu’elle avait rencontré et les couleurs qu’il mettait dans sa vie. Elle ne pensait plus qu’à lui, ne vivait plus que pour lui. Aussi ne fut elle qu’à moitié étonnée lorsqu’elle le découvrit devant sa porte peu de temps après le départ de son mari. Sans un mot, il lui tendit la main. La confiance qu’elle avait mise en lui était telle qu’elle ne posa aucune question, glissa sa main dans la sienne et le suivit. L’improbable fuite, ils en avaient déjà parlé.. sachant qu’elle resterait l’unique solution pour qu’ils puissent vivre leur amour. Ils savaient que la ville était ceinturée par un mur. Les raisons de cette construction se perdaient dans la nuit des temps mais leur plan était d’atteindre ce mur et de trouver une façon de le franchir. Jamais ni l’un ni l’autre n’avaient vu cet obstacle de près, il n’était pour eux qu’une histoire, une légende que l’on raconte aux enfants. Dans la légende le franchir équivalait à mourir sans que nul n’en connaisse la cause, mais leur amour était tel qu’ils préféraient mourir ensemble en tentant de fuir ce monde qui les rejetait plutôt que de continuer à vivre cette vie sans saveur.
Ils partirent dans son véhicule, au hasard des rues, tentant de mettre en peu de temps une grande distance entre eux et la maison d’Helena. Ils ne savaient si les gardes de l’Administration allaient croire son mari, s’ils allaient réagir vite. Ils évitèrent au maximum les endroit surveillés par les cameras, et toujours tachaient de prendre un air naturel lorsque le hasard les forçaient à passer devant l’une d’elle. Apres leur premier jour de fuite, voyant que nul ne donnait l’impression de les poursuivre, ils s’éloignèrent du cœur de la cité, à la recherche d’un passage leur permettant de fuir cette ville. Ils avaient beau quitter les avenues principales, toujours ils se trouvaient confrontés à des quartiers parfaitement uniformisés, seul le nom changeait, mais les maisons, les rues et même le parc réservé aux promenades obligatoires restaient identiques. Ils avaient beau avancer, l’impression de toujours revenir au même endroit était vivace. Enfin.. ils atteignirent une zone d’habitation différente. Les maisons semblaient désertées depuis longtemps et derrière ils découvrirent ce qui semblait être un espace dégagé.. une longue bande de terre, vierge de toute construction, de toute plantation s’étendait devant eux. Aussi loin qu’ils regardaient ils ne voyaient plus rien, rien que cette terre aride, désertique. Ils se sourirent, pensant avoir enfin atteint les limites de la ville.
Sans regret, ils laissèrent derrière eux la citée et ses rues goudronnées et engagèrent leur véhicule sur ce qui leur paraissait être une route. Très vite un nuage de poussière les environna. Bousculés de toutes parts sur la piste cahotante, ils avançaient, heureux, un intense sentiment de liberté au cœur. Ils ne prirent pas garde au cliquetis régulier qui commença à se faire entendre. Une voix grave s’élevant dans l’habitacle les fit sursauter.
« Vous vous dirigez vers une zone interdite, veuillez faire demi-tour ! »
Ils se regardèrent, cherchant d’où pouvait venir cette voix, mais ne trouvèrent rien. Déroutés, mais déterminés à quitter la cité, ils ignorèrent l’ordre donné et continuèrent leur route. Ils avançaient toujours, s’éloignant de la ville lorsqu’ils eurent l’étrange sensation que le ciel rejoignait la terre au loin devant eux, la grisaille qui s’étendait au-dessus de leur tête paraissait tomber vers le sol tout en devenant petit a petit d’une blancheur éclatante. En approchant ils constatèrent qu’il s’agissait d’un mur, d’un immense mur blanc sur lequel le ciel se reflétait. Le mur de la légende était donc réalité… qui pouvait savoir ce qui se trouvait derrière. Soudain le véhicule se mit a faire des soubresauts, puis stoppa net, manquant de les précipiter contre le tableau de bord. La voix s’éleva de nouveau.
« Votre position a été donnée à la garde, veuillez rester où vous etes ! »
Helena serra la main de son compagnon, nul besoin de mot pour se comprendre. Ils savaient tout deux qu’ils ne pouvaient rester là, à attendre que les gardes viennent pour les ramener. Ils sortirent, laissant sur place la voiture qui les avaient si bien servit et partir ensemble, main dans la main. Ils avançaient vite, chaque pas les rapprochant davantage du mur. Arrivé a sa hauteur ils purent constater avec surprise qu’il était d’un seul tenant, d’une surface plane et lisse sous la main, nulle rugosité ne venait écorcher la caresse de leurs doigts sur cette étendue glacée. Ils restèrent un moment à le contempler, se demandant comment des hommes avaient pu bâtir une telle construction. Sa hauteur était telle que l’escalade leur était interdite, et ils n’auraient su ou s’accrocher tant sa surface ne présentait aucune aspérité. Ils le suivirent vers l’ouest, espérant trouver une porte, un passage…
Plus ils progressaient, plus l’immensité et la complexité du mur se posaient à eux. Il semblait sans fin, nulle part ne se voyait de porte, de trou, même le temps et les intempéries ne paraissaient l’avoir endommagé. Ils marchèrent ainsi durant plusieurs heures. La fatigue se faisant ressentir, ils s’arrêtèrent…Helena n’en pouvait plus, elle ressentait depuis quelques temps déjà ces baisses d’énergie sans comprendre d’où elles pouvaient venir. La marche forcée qu’ils s’imposaient n’arrangeait en rien sa fatigue Son compagnon s’inquiétait pour elle, elle si active, si dynamique était devenue presque apathique, et cela depuis bien avant leur fuite. Ses joues étaient creusées, des cernes sous les yeux, il la voyait dépérir sans pouvoir intervenir tant semblait étrange le mal qui la rongeait de l’intérieur. La voyant à la limite de l’épuisement, il lui proposa de rebrousser chemin, de l’emmener vers la zone d’habitations désertes afin qu’elle puisse s’y reposer.
Il l’installa dans une maison abandonnée, cette même maison ou les gardes l’avait arrêté.. Et il partit, lui promettant de revenir la chercher dès qu’il aurait trouvé un passage. Elle resta a l’attendre durant des jours, guettant le moindre bruit. Elle avait trouvé de quoi se nourrir, mais n’avait pas beaucoup d’appétit. Elle s’inquiétait de son absence, et de cette étrange maladie qu’elle semblait avoir contractée…
Vint le jour ou elle se décida à aller voir par elle-même ce qu’il en était. Elle sorti, allant un peu au hasard, ses pas résonnant sinistrement, au travers de ces rues vides d’habitants. Elle ne se cachait plus, n’y pensait même pas. La réalité lui revint en mémoire lorsqu’elle entendit les voitures des patrouilles. Elle prit peur et se cachât. Elle les vit passer, et les larmes coulèrent sur ses joues lorsqu’elle vit au milieu des uniformes noirs la silhouette de l’homme qu’elle aimait. Elle retourna dans la maison qu’il lui avait choisit, surprise de cette eau qu’elle découvrait sur ses joues et s’assit pour les attendre…
24 juin 2006
Etrange destin (2)
La porte de sa cellule s’ouvrit dans un clic. La jeune femme ouvrit les yeux, troublée dans ses rêves. Elle cligna des paupières et, sur un signe du garde, se releva. Elle fut prise de tremblements, posa la main sur le mur et la retira aussitôt, craignant peut être que la grisaille de sa prison ne l’envahisse par ce simple contact. Elle suivit le garde, sans un mot, se renfermant sur elle-même, sur ses souvenirs.
Elle se revit marchant dans les rues de l’immense citée, fermant son esprit à tout ce blanc aveuglant qui l’entourait. Elle marchait au hasard, sans prendre garde aux regards des autres, aux cameras qui la suivaient de leur œil mécanique. Elle marchait sans but, cherchant dans l’infinité blanche et grise qui l’entourait une tache de couleur qui aurait pu faire son bonheur. Un tissu bleu attira son attention. Il voletait, accroché à une branche. Elle se dirigea vers lui et c’est là qu’elle revit les yeux. Un picotement dans la nuque la fit frissonner. Elle hésita, sentant au fond d’elle-même que si elle faisait un geste, si elle se retournait, sa vie en serait intensément bouleversée. Un signal d’alarme tinta au plus profond d’elle-même, mais elle l’assourdit bien vite. Lentement, la tête dans les nuages et les jambes en coton, elle se retourna et riva son regard au sien. Ensemble, dans la même seconde, ils se reconnurent et se sourirent. Les murs blancs de la ville, la grisaille qui s’étendait au-dessus des immeubles disparurent. Dans sa tête le chant d’un oiseau oublié depuis longtemps résonna. Son cœur s’emballa et elle tendit la main vers lui. Elle stoppa son mouvement en surprenant le coup d’œil qu’il eu en direction de la camera. Sa main retomba contre son corps, et dans un geste machinal lissa sa jupe, puis doucement remonta, effleurant son ventre, glissant sur ses seins, caressant sa gorge pour finir contre sa bouche. Ses lèvres tremblaient sous l’émotion contenue. L’homme face à elle la regardait, caressant son corps de son regard, buvant l’amour qui naissait au fond de son âme.
« Asseyez vous ! »
La voix du garde la tira une nouvelle fois de sa rêverie… impersonnelle, aucune émotion dans cette voix grave. Helena leva les yeux vers l’homme qui l’avait accompagné. Celui-ci ne la voyait déjà plus, indifférent à cette belle jeune femme, indifférent à son destin. Elle détourna son regard de lui et reporta toute son attention sur le banc sur lequel son garde lui avait signifié de s’asseoir. Dans un mouvement empreint de noblesse retenue, elle s’assied, les jambes collées l’une contre l’autre. Une mèche de cheveux glissa sur son visage, elle releva la main pour la remettre en place et suspendit son geste, se souvenant d’une autre main exécutant le même mouvement….
Ils s’étaient retrouvés dans un endroit hors de la vision mécanique de l’Administration. Chacun venant l’un vers l’autre, par des chemins détournés. Dans le parc, plus bas que l’allée des promenades, au-delà du petit ruisseau, Helena connaissait une grotte, normalement fermée. Elle l’avait découvert dans son enfance, gardant pour elle ce secret, et réussissant avec patience et discrétion à en déboucher l’entrée. Par indice, par gestes discrets et rapides coups d’œil, elle parvins à en indiquer l’entrée à l’homme dont le regard ne quittait plus son esprit.
Ce matin là, elle s’était levée comme à son habitude, tentant de cacher par l’exécution des taches quotidiennes l’impatience qui la tenaillait. Des que Paul fut sorti, elle poussa un petit soupir de soulagement vite réprimé lorsqu’elle eut une pensée pour les appareils de surveillance. Elle s’efforça d’agir sans précipitation, tel que les autres jours. Ne rien montrer, cacher le tremblement de ses mains… Enfin ce fut l’heure à laquelle elle sortait chaque jour. Elle laissa ses pas la guider, semblant avancer sans but véritable. Doucement sa marche la rapprocha du parc. Elle savait qu’à cette heure de la journée elle n’y rencontrerait presque personne. Imperceptiblement Helena se dirigea vers la grotte qu’elle avait découvert, un détour de chemin, caché par des arbres lui permettait de quitter la surveillance du parc, et elle savait, pour l’avoir tester, que même si elle ne reparaissait pas de l’autre coté personne ne la chercherait. A peine les arbres franchis, elle se mit à courir en direction de la cavité. Elle y pénétra et attendit. Elle ne savait combien de temps il faudrait a l’homme pour la rejoindre.
Un bruit la fit se lever. Il était là. Aucun mot ne fut échangé, ils étaient déjà au-delà de toutes phrases, leurs yeux s’étaient déjà tout dit, leurs âmes s’étaient retrouvées. Il la prit dans ses bras et doucement, avec une tendresse presque douloureuse, il posa ses lèvres sur les siennes. Les couleurs à nouveau résonnèrent dans l’esprit d’Helena, explosant en mille feux d’une intensité jamais égalée. Le souffle court, elle recula, et soudain laissa sa joie et son bonheur éclater. Son rire qu’elle ne put contenir résonna dans la grotte, ce rire clair et cristallin qui s’élevait l’étonna. C’était la première fois qu’elle ressentait une émotion aussi forte, une émotion qu’elle ne savait définir mais qui l’enflammait toute entière, qui lui donnait l’impression de voler au-dessus de la grisaille de la ville. L’homme la regardait en souriant, lisant dans son regard le trouble que lui-même ressentait. Il posa ses mains sur les joues de la jeune femme, parcourant de ses doigts, de ses lèvres chaque courbe, chaque trait du visage, l’imprimant en sa mémoire, remettant en place avec douceur la mèche de cheveux rebelles…
22 juin 2006
Etrange destin (1)
Voici une nouvelle que j'ai ecrite il y a 4 ans. Vu sa longeur je suis obligée de la transcrire en plusieurs fois, j'espere que les coupures ne generont pas la lecture.
Soudain le silence de la nuit fut brisé : des crissements de pneus, des pas précipités, des ordres qui fusaient. Dans la maison encerclée, la femme se résigna. Calmement, sans faire le moindre geste inutile, elle s’assit. Il ne servait plus à rien de se cacher, de tenter de fuir. Ils l’avaient rattrapé.
Elle réprima un sursaut lorsque la porte s’ouvrit avec violence, des hommes, armes à la main, entrèrent, braquant sur elle leurs torches. Aveuglée, la jeune femme mis la main devant ses yeux et attendit… Son destin était scellé.
Elle se tenait droite, fière, les mains posées sagement sur les genoux. Aucun mot ne furent échangés. Les hommes la maintenaient en joue, eux aussi dans l’attente. Une nouvelle voiture arriva, un ordre bref fut lancé. Les hommes se mirent au garde à vous, des pas résonnèrent dans l’allée. Une silhouette sombre pénétra dans la maison. L’homme, guindé dans son uniforme noir, jeta un rapide coup d’œil à la femme qui s’était levée à son arrivée. Sa voix résonna dans la nuit glacée :
« A t’elle opposé une résistance ? »
Sur un signe de négation d’un de ses hommes, il se tourna alors vers elle. Son regard se fixa sur la jeune femme, parcourant d’un air indifférent ses courbes, ne s’attardant que quelques instants sur son visage, sans paraître en apprécier la beauté.
« Helena Saint Helme, Vous etes en état d’arrestation pour violation des articles SD256, QL45 et GT50P des Lois de l’Administration. »
Il se tourna alors vers un garde et lui fit signe d’emmener la jeune femme. Sans même lui jeter un dernier coup d’œil, il repartit en direction de la porte.. Vers le néant d’où il était venu.
Dans la voiture qui emmenait Helena à la prison du tribunal, le silence régnait. La jeune femme savait qu’il ne servait à rien de se justifier auprès des 3 hommes qui l’accompagnaient. Ceux ci ne l’écouteraient pas, leurs ordres étaient de la conduire auprès du juge, et rien ne devait les en empêcher, aucun des artifices qu’elle pourrait utiliser pour les faire plier ne marcherait. Ils étaient prêts a user de leur armes pour la faire taire.
Un peu plus tard, Helena était assisse sur le petit banc de sa cellule. Ses gardes l’avaient emmené jusque là et l’avaient laissé seule. La cellule était petite, grise et sale, pour tout meuble un banc et une paillasse jetée sur le sol, signe que cet endroit ne serait pour elle qu’un passage…
Helena regardait les murs qui étrangement semblaient se rapprocher d’elle, elle ferma les yeux, prise d’un vertige et laissa son esprit dériver. Elle se revit cinq mois plus tôt, avant que tout ne commence, avant que sa vie ne bascule, avant qu’elle ne devienne une fugitive…
Elle vivait alors dans le quartier résidentiel de NewPaïs, un quartier ordinaire, calme, tranquille. Derrière ses yeux clos, elle revoyait sa petite maison, si semblable aux autres habitations de la rue, et en même temps si différente. La petite barrière de bois blanc, les volets bleus décorés de fleurs lui donnaient un air printanier en toute saison. Helena sourit en y repensant, elle avait toujours aimé s’entourer de couleurs depuis sa plus tendre enfance. Cela lui avait d’ailleurs attiré bien des remarques et, petit à petit, les gens autour d’elle s’étaient habitués à ce qu’ils appelaient « ses bizarreries ».
L’intérieur de sa maison était tout aussi coloré, des tapis, des coussins qu’elle avait elle-même confectionné, assemblant des bouts de tissus trouvés au hasard de ses promenades, sur les murs des tableaux qu’elle avait peint elle-même, jetant de la couleur sur la toile comme certains jettent de l’eau sur un mur pour le laver. Helena lavait le blanc de sa vie, lavait la tristesse de ses murs à l’aide de sa peinture. Son mari la regardait parfois avec inquiétude, mais lui aussi avait fini par s’habituer. Il avait su dès le jour ou il l’avait rencontré pour leur mariage qu’il allait au devant des difficultés avec cette femme, c’était d’ailleurs pour cette raison que l’Administration les avait appariés, pensant que lui par son sérieux pourrait la ramener dans le droit chemin. Il y avait presque réussit, gommant la plupart de ses extravagances, sans toutefois arriver à les effacer toutes. Il n’avait qu’une peur, c’est qu’un jour une de ces excentricités finisse par lui attirer des ennuis, lui retirant tout ce que son labeur lui avait apporté au fil des années.
Sur son banc, Helena soupira et sourit.
« Tu es enfin débarrassé de moi Paul, murmura t’elle. Et sans soucis pour toi… »
Elle ouvrit un instant les yeux, et les referma bien vite tant la laideur des murs blanchâtres la faisait tressaillir. Elle replongea dans ses souvenirs, dans les couleurs de sa vie.
Elle revoyait le jour ou elle le rencontra, cet homme qui transforma sa morne existence. Cela se passait il y a cinq mois, lors de la promenade obligatoire dans le parc près de sa rue. Leurs regards se croisèrent, un instant, une seconde d’éternité. L’espace d’un moment elle se retrouva ailleurs, dans un monde ou la couleur était primordiale. Elle sentit en elle le printemps renaître, le soleil s’embraser. Mille parfums, mille couleurs l’environnèrent. Le bras de son mari la tirant pour qu’elle continua d’avancer la ramena à la réalité. Elle trébucha, se rattrapa de justesse et repris sa route sous les murmures indignés de Paul. Interrompre la promenade, ce rite quotidien, inlassablement répété n’était pas pensable. Elle continua donc de marcher, dans un état second, se laissant guider par son mari qui la sentant troublée prit sur lui d’accélérer le pas pour la ramener chez eux au plus vite.
Là, nulle question, l’incident semblait oublié pour Paul, comme effacé. Mais Helena gardait en sa mémoire et en son cœur l’éclat de ces yeux qui l’avaient touché au plus profond de son âme. Petit à petit sa vie tranquille repris, mais régulièrement elle guettait, attendant l’instant où le miracle se reproduirait. Et il revins…
15 février 2006
Un premier texte
Voici un texte sur la guerre, je l'ai ecrit le 17 mars 2003, date de la déclaration de guerre des USA a l'Irak. Il ne s'agit ici nullement d'approuver ou de réprouver l'un ou l'autre des belligérants, c'est surtout une reflexion sur ce que m'inspire les guerres en général.
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L'innocence perdue
« Papa, c’est quoi être opprimé ? »
L’homme regarde son fils, le sérieux de la question se lit dans le regard de l’enfant. Le père fait alors un geste et sous les yeux du petit garçon un paysage se mets à défiler :
*une immense plaine désertique, des hommes courbent le dos, tentant d’arracher à la terre leur maigre subsistance. Les os saillent sous leurs chemises en haillons. Le soleil les frappe, rendant encore plus pénible leur labeur.. Non loin, au village, des femmes se sont rassemblées. L’une d’elle, les yeux secs d’avoir trop pleuré, dépose doucement son enfant dans un lit de terre. Elle lui caresse une dernière fois les cheveux en murmurant : maintenant tu n’auras plus jamais faim.. Elle s’éloigne sans se retourner, sans un regard pour son enfant qui dors à présent près de ses frères. Les autres femmes la regardent partir, ayant toutes a l’esprit une unique pensée : qui sera la prochaine a coucher ainsi son enfant ?
Le paysage devient flou ; une ville bruyante, une maison. Des coups frappés à la porte, des hommes en armes font irruption dans la demeure. Un homme tente de fuir, une balle le rattrape, le clouant dans une immobilité sans vie. Le deuxième homme résigné, détache doucement les bras de son fils apeuré lui enserrant le cou, le tends à son épouse et sort suivit par les gardes. Un coup de feu éclate, la femme sursaute pendant que les larmes coulent sur ses joues.. douleur silencieuse…
Le paysage change à nouveau… un palais, des hommes richement vêtus festoient, rient et chantent. L’argent coule a flot, la nourriture est abondante pendant qu’à l’extérieur le monde crie famine.*
Le père regarde alors son enfant :
« voilà mon fils ce qu’est l’oppression… »
« Et on ne peux rien faire ? « Demande l’enfant.
« Si mon fils, nous allons agir. »
L’enfant sourit, confiant en son père.
Plus tard
L’enfant observe son père, attendant de lui la solution a la misère de ce peuple. Il le regarde négocier avec les autres peuples, prendre des mesures, envoyer des hommes sur place. Il est fier de son père…
Il regarde à nouveau le paysage et revoit la ville.
*Les avions de son père la survole, et soudain l’horreur se déclenche. Les bombes tombent, explosant au hasard. Les maisons sont en flammes, les habitants fuient sous un déluge de feu, de poussière et de gravats. Au milieu de la rue, un enfant, l’enfant qu’il a déjà vu, est en larmes, couvert de sang. Près de lui, le corps déchiqueté de sa mère morte pour le protéger, autour de lui fumée, hurlements de douleur.. Et l’enfant pleure en observant les avions toujours plus nombreux, toujours plus meurtriers. Il pleure, ne comprenant pas pourquoi, alors que son père est déjà parti, on lui enlève à présent sa mère…
La ville s’estompe et fait place au village. Les paysans sont là, toujours plongés dans leur misère. Ils voient d’un œil morne les soldats arriver. Ceux-ci, soucieux de ces hommes et femmes, leur distribuent quelques vivres. Mais des hommes en noirs arrivent et étudient le sol. Ils donnent des ordres. Les soldats reprennent les armes et entreprennent de chasser ceux qu’ils avaient aidés peu de temps auparavant. Poussée, harcelés, les paysans abandonnent derrière eux leurs maigres possessions et prennent la route de l’exil. Dans le soleil couchant, la femme jette un dernier regard vers la tombe fraîche de son fils. Elle voit des machines creuser à l’endroit même ou elle s’était agenouillée pour lui faire un dernier adieu… Un bruit sourd, des hurlements de joie.. une eau noire commence à s’élever vers le ciel…*
Un sourire satisfait apparaît sur les lèvres du père. Un petit bruit le fait se retourner. Son fils est là, regardant ces scènes de guerre, d’horreur, d’avidité et pleure doucement.
La déception se lit sur son visage. Son père, cet homme qui, croyait’il, allais aider ce peuple, n’est rien d’autre qu’un oppresseur de plus. Seule les richesses de ce pays l’attirait. Tout son innocence s’envole, avec la fierté qu’il éprouvait pour son père.
Avant que celui ci n’aie eu le temps de lui donner une explication, de lui faire un mensonge de plus, l’enfant franchit le miroir et se retrouve face au petit orphelin. Autour d’eux, les bombes éclatent, les gens hurlent… leurs regards se croisent, deux détresses qui se trouvent et se comprennent, deux innocences bafouées par les mensonges et la folie des hommes.
Leurs mains se touchent, le paysage autour d’eux change, la ville et les flammes disparaissent, les cris de douleur s’estompent. Seuls restent ces deux enfants que l’horreur a réunis et au fond de leur cœur cet amour de l’humanité qui fera peut être d’eux des hommes différents.








