25 juin 2007
La lettre (1)
Le printemps est enfin arrivé sur la petite ville d’Amberdeen. Milles et une fleurs ont écloses, transformant les jardins en un enchantement pour les yeux. Les rayons du soleil ont réchauffé les branches faisant naître des milliers de bougeons et de feuilles. Les oiseaux chantent leur joie et leur gaieté. Cet air printanier a raccourcit, coloré les vêtements et inscrit des sourires sur les visages des passants. Les amoureux se promènent main dans la main, les enfants courent, jouent, hurlent leur bonheur. Les maisons se sont mises à l’unisson, et se sont ouvertes à la brise légère.
Seule une maison garde ses fenêtres désespérément closes, les volets a moitiés fermés font barrage a l’ardeur du soleil. C’est une maison très stricte, pas de fleur aux fenêtres, pas de dentelle, ni de couleur aux rideaux. Les volets sont sombres, et le jardin rectiligne est clos par un haut mur.
C’est en cette maison que vit seule Mademoiselle Agnès. Elle est une belle jeune femme, mais d’une beauté froide, les cheveux noirs tendus en un chignon austère, toujours vêtue de noir, depuis le chemisier a haut col jusqu’aux souliers, en passant par la longue jupe cachant de sombres collants. Jamais de maquillage pour colorer ses joues pales ou sa bouche serrée en une moue de dédain. Aucun bijou ne vient souligner la finesse de ses doigts ou embellir la sévérité de sa mise. Elle vit seule, loin du tourbillon de la vie, loin du brouhaha de la ville. Elle ne sort que pour faire ses courses. A pas menus, comptés, elle se rend chez l’épicier, le boulanger ou le pharmacien. Elle avance le regard fixé droit devant elle, l’esprit fermé aux mouvements de la rue, inclinant la tête juste ce qu’il faut pour ne pas paraître impolie lorsqu’elle viens a croiser une connaissance. Ses paroles sont brèves, jamais elle ne s’attarde à bavarder, jamais un sourire ne vient effleurer ses lèvres. Ses courses faites, elle retourne chez elle, toujours selon le mme chemin, sans faire le moindre détour.
L’intérieur de sa maison lui ressemble, sévère et austère. Des meubles ternes, vierges de poussière, pas de bibelot ni de tableaux aux murs, juste une vieille photographie en noir et blanc représentant un couple âgé avec une enfant aux cheveux sombres.
Elle passe ses journées à nettoyer des meubles qui n’en n’ont nul besoin, rouspétant lorsque la vie du dehors, par un chant, un cri d’enfant, fait irruption dans son monde immaculé. Elle ferme sa maison et se ferme au monde ne voulant ni le voir, ni l’entendre.
Seule exception avec ses courses est sa visite journalière à sa boite aux lettres. Cette dernière ne contient en général que des publicités aux couleurs vives qu’elle s’empresse de jeter et des factures qu’elle n’omet jamais de payer.








