Mots, et maux, émotions

L'inspiration au bout des doigts, les mots au fil de la vie

08 février 2015

Esclaves

Pour Kaléidoplumes et sa consigne 331 : Ecrivez un texte à partir de cette image

statue 331* statues de Sabbah Iyat

Incipit

Y a comme un goût amer en nous (tiré de la chanson "Evidemment" de M. Berger)

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Esclaves

 

Y a comme un goût amer en nous, un goût de souffrance au parfum de haine. Il y a peu encore, nous étions libres, libres de parcourir forets, savanes et déserts, libres de disposer de nos vies.

Et ils sont venus…

Arrivés de la mer, nous les avons pris pour des dieux, de magnifiques dieux blancs qui nous ont offert des cadeaux extraordinaires : des cauris, ces petits coquillages que l’on ne trouve que dans les mers du sud, de splendides colliers de pierres brillantes au soleil, du verre m’a-t-on dit, des couteaux aux lames scintillantes. En échange, nous leur avons ouvert nos vies, offert notre amitié, donné des femmes.

Mais hélas ils n’étaient pas des dieux, mais des êtres vils au cœur cupide. Ils en voulaient encore et toujours plus.

Ils ont attaqué nos villages avec leurs bâtons de feu. Nous ont emmenés tous, hommes, femmes, enfants, et même les vieillards. Ils nous ont enchaînés, fouettés, et entassés dans leurs immenses pirogues aux ailes blanches.

Nous avons passé des semaines en mer, ballottés par les flots, à fond de cale les uns sur les autres, ne sortant qu’une fois par jour pour prendre l’air. Certains sont morts, d’épuisement, de faim, de maladie ou de chagrin, et nous n’avons pu leur rendre hommage comme le voulaient nos traditions. Leurs corps furent jetés, sans cérémonie, dans l’immensité d’eau qui nous entourait et nous ne savons s’ils pourront un jour rejoindre les terres éternelles de nos ancêtres.

Au terme de cet éprouvant voyage, ils nous ont débarqués sur cette plage. Nous les fiers guerriers d’Afrique, nous allons être vendus comme du bétail, séparé de nos familles et condamnés à passer le reste de notre vie sous le joug de l’homme blanc.

Je ne chasserai plus le lion et l’éléphant pour prouver ma force, je ne danserai plus ma victoire autour du feu de mon village, je ne verrai plus le soleil se lever sur la savane et illuminer ma terre.

J’ai un goût amer en moi, le goût de la mer sur les lèvres, eau salée mêlée aux larmes de l’enfant dans mes bras, cet enfant qui ne saura jamais ce qu’est la liberté.

 

                                                                                  5/02/15

 

 

Posté par Tylymymy à 19:46 - Un petit mot [0] - Permalien [#]

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