30 juin 2006
Paroles plurielles consigne n°26
Sur un montage de peinture de Christophe Renoux , la consigne : commencer le texte par "l'unique ascenseur de l'immeuble est momentanèment hors d'usage".
Le réparateur
« L’unique ascenseur de l’immeuble est momentanément hors d’usage… Momentanément, ça fait quand même trois mois que ça dure. Mais au moins ça mets d’l’animation, on s’croise dans les escaliers, on discute sur les paliers.
Avant, dans l’ascenseur, tout le monde se r’gardait en chien de faïence, la main sur son sac ou sur son portefeuille, comme si on allait s’faire détrousser. Un bonjour a peine murmuré, un au revoir inaudible… Personne ne connaissait personne, et on ne voulait surtout pas s’connaître. La peur, j’vous dis, la peur.. De quoi, j’en sais fichtre rien ! Peut être de voir quelqu’n entrer dans son intimité, un viol moral comme ils disent a la télé…
Mais maintenant, tout a changé. Tenez la vieille dame du 4 ème ! Celle qui passait son temps à ronchonner et à tenter de donner des coups de cannes aux jeunes ! Ben les jeunes, ce sont eux qui lui montent ses courses, sans oublier la bouffe pour ses chats. Elle les invite même à goûter. Pensez si ça les fait rigoler ces jeunots, ils ont quand même dans les 17 ans, alors une tartine beurrée et un carré de chocolat…Mais bon ils acceptent, ils ont bon cœur ces p’tiots.
Et m’sieur Roger ! Vous savez celui qu’était toujours prêt à appeler les flics pour un oui, pour un non. Sa porte est grande ouverte désormais et n’importe qui peux passer le voir pour des conseils de cuisine. Ben oui, il est cuistot m’sieur Roger, et personne le savait.
Et le mieux, le mieux, ce sont les jumelles du 5 ème. On les voyait très peu, toujours discrètes, légères comme des papillons. On s’apercevait a peine de leur présence qu’elles étaient déjà parties, a se d’mander si elles existaient vraiment ou si elles étaient un rêve…Pourtant elles sont biens jolies, toujours bien vêtues de couleurs vives, mauves, vertes, jaunes, des papillons j’vous dit… Ben croyez moi ou non, mais a force de rencontrer les frères Duponrand dans les escaliers, un p’tit bonjour par ci, un sourire par là, maintenant y a comme du mariage dans l’air, et tout l’immeuble est invité !
Ha cet ascenseur, il est momentanément hors d’usage… ben croyez-moi, le momentané il vas durer, il est pas prêt de remarcher…. Comment je l’sais ? Ben pardi ! C’est moi l’réparateur ! »
29 juin 2006
En T
J'ai eu envie de continuer le Tautogramme, alors voici le T en forme de clin d'oeil a Thanna
Trépidante Thanna, tel un tourbillon turbulent, tu trottes sur la terre. Tu traces sur ta toile des totems tentants et troublants. Tu trouves des trésors terriblement touchant et truculents.
27 juin 2006
Etrange destin (4)
Le départ précipité de son mari ne l’avait pas surprise, elle ne l’avait même pas remarqué. Toute son attention était tournée vers cet homme qu’elle avait rencontré et les couleurs qu’il mettait dans sa vie. Elle ne pensait plus qu’à lui, ne vivait plus que pour lui. Aussi ne fut elle qu’à moitié étonnée lorsqu’elle le découvrit devant sa porte peu de temps après le départ de son mari. Sans un mot, il lui tendit la main. La confiance qu’elle avait mise en lui était telle qu’elle ne posa aucune question, glissa sa main dans la sienne et le suivit. L’improbable fuite, ils en avaient déjà parlé.. sachant qu’elle resterait l’unique solution pour qu’ils puissent vivre leur amour. Ils savaient que la ville était ceinturée par un mur. Les raisons de cette construction se perdaient dans la nuit des temps mais leur plan était d’atteindre ce mur et de trouver une façon de le franchir. Jamais ni l’un ni l’autre n’avaient vu cet obstacle de près, il n’était pour eux qu’une histoire, une légende que l’on raconte aux enfants. Dans la légende le franchir équivalait à mourir sans que nul n’en connaisse la cause, mais leur amour était tel qu’ils préféraient mourir ensemble en tentant de fuir ce monde qui les rejetait plutôt que de continuer à vivre cette vie sans saveur.
Ils partirent dans son véhicule, au hasard des rues, tentant de mettre en peu de temps une grande distance entre eux et la maison d’Helena. Ils ne savaient si les gardes de l’Administration allaient croire son mari, s’ils allaient réagir vite. Ils évitèrent au maximum les endroit surveillés par les cameras, et toujours tachaient de prendre un air naturel lorsque le hasard les forçaient à passer devant l’une d’elle. Apres leur premier jour de fuite, voyant que nul ne donnait l’impression de les poursuivre, ils s’éloignèrent du cœur de la cité, à la recherche d’un passage leur permettant de fuir cette ville. Ils avaient beau quitter les avenues principales, toujours ils se trouvaient confrontés à des quartiers parfaitement uniformisés, seul le nom changeait, mais les maisons, les rues et même le parc réservé aux promenades obligatoires restaient identiques. Ils avaient beau avancer, l’impression de toujours revenir au même endroit était vivace. Enfin.. ils atteignirent une zone d’habitation différente. Les maisons semblaient désertées depuis longtemps et derrière ils découvrirent ce qui semblait être un espace dégagé.. une longue bande de terre, vierge de toute construction, de toute plantation s’étendait devant eux. Aussi loin qu’ils regardaient ils ne voyaient plus rien, rien que cette terre aride, désertique. Ils se sourirent, pensant avoir enfin atteint les limites de la ville.
Sans regret, ils laissèrent derrière eux la citée et ses rues goudronnées et engagèrent leur véhicule sur ce qui leur paraissait être une route. Très vite un nuage de poussière les environna. Bousculés de toutes parts sur la piste cahotante, ils avançaient, heureux, un intense sentiment de liberté au cœur. Ils ne prirent pas garde au cliquetis régulier qui commença à se faire entendre. Une voix grave s’élevant dans l’habitacle les fit sursauter.
« Vous vous dirigez vers une zone interdite, veuillez faire demi-tour ! »
Ils se regardèrent, cherchant d’où pouvait venir cette voix, mais ne trouvèrent rien. Déroutés, mais déterminés à quitter la cité, ils ignorèrent l’ordre donné et continuèrent leur route. Ils avançaient toujours, s’éloignant de la ville lorsqu’ils eurent l’étrange sensation que le ciel rejoignait la terre au loin devant eux, la grisaille qui s’étendait au-dessus de leur tête paraissait tomber vers le sol tout en devenant petit a petit d’une blancheur éclatante. En approchant ils constatèrent qu’il s’agissait d’un mur, d’un immense mur blanc sur lequel le ciel se reflétait. Le mur de la légende était donc réalité… qui pouvait savoir ce qui se trouvait derrière. Soudain le véhicule se mit a faire des soubresauts, puis stoppa net, manquant de les précipiter contre le tableau de bord. La voix s’éleva de nouveau.
« Votre position a été donnée à la garde, veuillez rester où vous etes ! »
Helena serra la main de son compagnon, nul besoin de mot pour se comprendre. Ils savaient tout deux qu’ils ne pouvaient rester là, à attendre que les gardes viennent pour les ramener. Ils sortirent, laissant sur place la voiture qui les avaient si bien servit et partir ensemble, main dans la main. Ils avançaient vite, chaque pas les rapprochant davantage du mur. Arrivé a sa hauteur ils purent constater avec surprise qu’il était d’un seul tenant, d’une surface plane et lisse sous la main, nulle rugosité ne venait écorcher la caresse de leurs doigts sur cette étendue glacée. Ils restèrent un moment à le contempler, se demandant comment des hommes avaient pu bâtir une telle construction. Sa hauteur était telle que l’escalade leur était interdite, et ils n’auraient su ou s’accrocher tant sa surface ne présentait aucune aspérité. Ils le suivirent vers l’ouest, espérant trouver une porte, un passage…
Plus ils progressaient, plus l’immensité et la complexité du mur se posaient à eux. Il semblait sans fin, nulle part ne se voyait de porte, de trou, même le temps et les intempéries ne paraissaient l’avoir endommagé. Ils marchèrent ainsi durant plusieurs heures. La fatigue se faisant ressentir, ils s’arrêtèrent…Helena n’en pouvait plus, elle ressentait depuis quelques temps déjà ces baisses d’énergie sans comprendre d’où elles pouvaient venir. La marche forcée qu’ils s’imposaient n’arrangeait en rien sa fatigue Son compagnon s’inquiétait pour elle, elle si active, si dynamique était devenue presque apathique, et cela depuis bien avant leur fuite. Ses joues étaient creusées, des cernes sous les yeux, il la voyait dépérir sans pouvoir intervenir tant semblait étrange le mal qui la rongeait de l’intérieur. La voyant à la limite de l’épuisement, il lui proposa de rebrousser chemin, de l’emmener vers la zone d’habitations désertes afin qu’elle puisse s’y reposer.
Il l’installa dans une maison abandonnée, cette même maison ou les gardes l’avait arrêté.. Et il partit, lui promettant de revenir la chercher dès qu’il aurait trouvé un passage. Elle resta a l’attendre durant des jours, guettant le moindre bruit. Elle avait trouvé de quoi se nourrir, mais n’avait pas beaucoup d’appétit. Elle s’inquiétait de son absence, et de cette étrange maladie qu’elle semblait avoir contractée…
Vint le jour ou elle se décida à aller voir par elle-même ce qu’il en était. Elle sorti, allant un peu au hasard, ses pas résonnant sinistrement, au travers de ces rues vides d’habitants. Elle ne se cachait plus, n’y pensait même pas. La réalité lui revint en mémoire lorsqu’elle entendit les voitures des patrouilles. Elle prit peur et se cachât. Elle les vit passer, et les larmes coulèrent sur ses joues lorsqu’elle vit au milieu des uniformes noirs la silhouette de l’homme qu’elle aimait. Elle retourna dans la maison qu’il lui avait choisit, surprise de cette eau qu’elle découvrait sur ses joues et s’assit pour les attendre…
26 juin 2006
25 juin 2006
Etrange destin (3)
Helena, assise sur son banc, refoula une larme. Ne pas montrer ses émotions, ne pas montrer ses sentiments, cacher sa tristesse… Pour ne pas avoir suivi ce précepte, elle se trouvait maintenant sur le banc des accusés, c’était son erreur, la seule qu’elle reconnaissait. Elle cligna des yeux, pour ravaler son chagrin, pour endiguer la souffrance qu’elle ressentait à l’avoir perdu à jamais. De lui, elle ne savait plus rien, de sa destinée, de ce qui avait pu lui arriver. Peut être était il près d’elle, dans une pièce similaire, sur un banc aussi inconfortable, lui aussi dans l’attente… peut être la mort l’avait rattrapé… elle ne le saurait jamais…
A partir de ce jour, ils se rencontrèrent à chaque fois qu’ils le purent, toujours dans des lieux et à des heures différentes. Ils parlaient, se racontaient leurs peurs, leurs envies de couleur, de joie et de rire, ils partageaient cette horreur de la vie blanche qui leur était imposée, cette vie monotone, unicolore, où les sentiments étaient interdits. Ils se confiaient leurs enfances similaires, le regard des autres qui jamais ne les comprenaient. Et ils s’abandonnaient l’un a l’autre, totalement. Dans ses bras, elle découvrait des sensations inconnues d’elle jusque là. Le premier affolement passé, elle se livra à ses caresses, osant même aller à la découverte de ce corps d’homme qui à ses doigts légers se soumettait. Jamais elle n’avait imaginé que deux corps pouvaient à ce point s’accorder, qu’un homme et une femme pouvaient atteindre une telle plénitude. Jamais dans ses rêves les plus fous il ne lui était venu à l’esprit de toucher le corps d’un autre être, cette idée même ne lui inspirait jusque là que dégoût et répulsion. Il en était de même pour son amant, leur éducation les avait conditionné à ne voir en l’autre qu’une présence destinée à aider à supporter la solitude et à garder l’autre dans le droit chemin dicté par l’Administration.
Helena avait beau faire attention à ne pas laisser percer ses sentiments, sa sensibilité a fleur de peau finie par la perdre. Elle marchait dans les rues, vers son amour en souriant, et parfois même en chantonnant des airs inconnus, sans comprendre comment et pourquoi elle faisait cela, sans voir le regard scandalisé et horrifié des passants en entendant ces sons sortir de sa bouche sans parole, sans suite, ces sons qui à leurs oreilles ne voulaient rien dire. Elle sortait de chez elle en esquissant des pas de danse, sans pouvoir se rappeler ou elle avait pu apprendre cela. Elle se sentait légère, gaie... Elle ne voyait pas le regard de son mari observant chez elle tous ces changements, elle ne voyait pas le doux renflement qui commençait à apparaître sous sa robe. Le jour ou sous ses yeux ébahis, elle éclata de rire, ce rire interdit, prohibé par la loi, sévèrement puni, il se décida à agir. Prétextant une urgence il sortit de la maison et se rendit au centre administratif de leur quartier…
Un piétinement ramena Helena à l’instant présent. Elle avait la tête baissée, semblant se perdre dans la contemplation du carrelage noir et blanc qui couvrait le sol. Une paire de bottes d’une noirceur éclatante apparut dans son champ de vision. Tout doucement, elle remonta le regard le long de l’uniforme noir qui se tenait devant elle. Un nouveau garde, une tête inconnue, aussi impassible et froid que les précédents. Il regardait par-dessus elle, ses yeux se fixant sur un point loin derrière la jeune femme, tentant vraisemblablement par-là d’éviter tout contact fusse t’il visuel avec Helena, craignant que son étrangeté ne puisse être un virus qu’un simple coup d’œil suffirait à véhiculer d’une personne a l’autre.
« Il est temps, veuillez me suivre. »
La prisonnière se leva. Droite et fière, marchant d’un pas mesuré, elle entra à la suite de son gardien dans la salle ou elle devait être jugée. Elle fut conduite devant un petit tabouret noir devant lequel on lui signifia de rester debout. Le garde se posta derrière elle, lui laissant tout le loisir d’examiner la pièce. Comme partout dans la cité, les murs allaient du blanc le plus pur au gris, les meubles étaient noirs, d’un noir profond et mat, aucune lumière ne se pouvait se refléter dedans. Une porte s’ouvrit, laissant entrer un homme vêtu du même uniforme que les gardes. Il était suivit de dix autres personnes, hommes et femmes tous ayant atteint un age avancé, vêtus quand à eux de blanc. Ils s’assirent face a Helena, sans la regarder, sans lui adresser le moindre signe. L’homme en uniforme s’installa a son bureau et commença a lire les dossiers qui s’y trouvaient. Lentement il releva les yeux sur la jeune femme et l’examina longuement. Helena se plia a cet examen, sans bouger, gardant la tête haute. Le seul mouvement qu’elle accomplit fut quand le regard de l’homme se posa sur la rondeur de son ventre, instinctivement, sans comprendre pourquoi elle agissait ainsi, sans même y penser, elle y mit la main dans un geste à la fois tendre et protecteur. Sur un signe de tête du juge, le garde posa sa main sur l’épaule de la jeune femme lui signifiant par-là qu’elle pouvait s’asseoir.
« Mesdames et messieurs, nous avons réunis ce tribunal d’urgence afin de juger cette femme. Helena Saint Helme, vous etes mise en accusation pour exhibition de sentiments interdits. Vous avez également enfreint la loi sur les émotions, ces instincts primaires que nous pensions éradiqués. Et.. »
Il marqua une pause, faisant un signe pour stopper le grondement d’indignation qui montait. Puis il repris, lentement, laissant a chacun le temps de bien assimiler ce qu’il allait dire.
« Enfin.. vous etes accusée d’atteinte à la pudeur fondamentale en franchissant les limites imposées par La Loi en ce qui concerne l’étreinte entre deux etres. Hel... »
Il ne put finir sa phrase, tant les cris de stupeur et de dégoût envahissaient la salle. Il haussa le ton pour continuer, énonçant les faits, les différentes preuves qu’il allait soumettre aux jurés, mais Helena ne l’écoutait plus. Elle savait que le verdict était d’ores et déjà prononcé. Ce simulacre de procès n’avait été instauré que pour les yeux et les oreilles aux aguets derrière les appareils de surveillance. Son esprit repartit à la dérive, à la recherche de ses souvenirs…
24 juin 2006
Etrange destin (2)
La porte de sa cellule s’ouvrit dans un clic. La jeune femme ouvrit les yeux, troublée dans ses rêves. Elle cligna des paupières et, sur un signe du garde, se releva. Elle fut prise de tremblements, posa la main sur le mur et la retira aussitôt, craignant peut être que la grisaille de sa prison ne l’envahisse par ce simple contact. Elle suivit le garde, sans un mot, se renfermant sur elle-même, sur ses souvenirs.
Elle se revit marchant dans les rues de l’immense citée, fermant son esprit à tout ce blanc aveuglant qui l’entourait. Elle marchait au hasard, sans prendre garde aux regards des autres, aux cameras qui la suivaient de leur œil mécanique. Elle marchait sans but, cherchant dans l’infinité blanche et grise qui l’entourait une tache de couleur qui aurait pu faire son bonheur. Un tissu bleu attira son attention. Il voletait, accroché à une branche. Elle se dirigea vers lui et c’est là qu’elle revit les yeux. Un picotement dans la nuque la fit frissonner. Elle hésita, sentant au fond d’elle-même que si elle faisait un geste, si elle se retournait, sa vie en serait intensément bouleversée. Un signal d’alarme tinta au plus profond d’elle-même, mais elle l’assourdit bien vite. Lentement, la tête dans les nuages et les jambes en coton, elle se retourna et riva son regard au sien. Ensemble, dans la même seconde, ils se reconnurent et se sourirent. Les murs blancs de la ville, la grisaille qui s’étendait au-dessus des immeubles disparurent. Dans sa tête le chant d’un oiseau oublié depuis longtemps résonna. Son cœur s’emballa et elle tendit la main vers lui. Elle stoppa son mouvement en surprenant le coup d’œil qu’il eu en direction de la camera. Sa main retomba contre son corps, et dans un geste machinal lissa sa jupe, puis doucement remonta, effleurant son ventre, glissant sur ses seins, caressant sa gorge pour finir contre sa bouche. Ses lèvres tremblaient sous l’émotion contenue. L’homme face à elle la regardait, caressant son corps de son regard, buvant l’amour qui naissait au fond de son âme.
« Asseyez vous ! »
La voix du garde la tira une nouvelle fois de sa rêverie… impersonnelle, aucune émotion dans cette voix grave. Helena leva les yeux vers l’homme qui l’avait accompagné. Celui-ci ne la voyait déjà plus, indifférent à cette belle jeune femme, indifférent à son destin. Elle détourna son regard de lui et reporta toute son attention sur le banc sur lequel son garde lui avait signifié de s’asseoir. Dans un mouvement empreint de noblesse retenue, elle s’assied, les jambes collées l’une contre l’autre. Une mèche de cheveux glissa sur son visage, elle releva la main pour la remettre en place et suspendit son geste, se souvenant d’une autre main exécutant le même mouvement….
Ils s’étaient retrouvés dans un endroit hors de la vision mécanique de l’Administration. Chacun venant l’un vers l’autre, par des chemins détournés. Dans le parc, plus bas que l’allée des promenades, au-delà du petit ruisseau, Helena connaissait une grotte, normalement fermée. Elle l’avait découvert dans son enfance, gardant pour elle ce secret, et réussissant avec patience et discrétion à en déboucher l’entrée. Par indice, par gestes discrets et rapides coups d’œil, elle parvins à en indiquer l’entrée à l’homme dont le regard ne quittait plus son esprit.
Ce matin là, elle s’était levée comme à son habitude, tentant de cacher par l’exécution des taches quotidiennes l’impatience qui la tenaillait. Des que Paul fut sorti, elle poussa un petit soupir de soulagement vite réprimé lorsqu’elle eut une pensée pour les appareils de surveillance. Elle s’efforça d’agir sans précipitation, tel que les autres jours. Ne rien montrer, cacher le tremblement de ses mains… Enfin ce fut l’heure à laquelle elle sortait chaque jour. Elle laissa ses pas la guider, semblant avancer sans but véritable. Doucement sa marche la rapprocha du parc. Elle savait qu’à cette heure de la journée elle n’y rencontrerait presque personne. Imperceptiblement Helena se dirigea vers la grotte qu’elle avait découvert, un détour de chemin, caché par des arbres lui permettait de quitter la surveillance du parc, et elle savait, pour l’avoir tester, que même si elle ne reparaissait pas de l’autre coté personne ne la chercherait. A peine les arbres franchis, elle se mit à courir en direction de la cavité. Elle y pénétra et attendit. Elle ne savait combien de temps il faudrait a l’homme pour la rejoindre.
Un bruit la fit se lever. Il était là. Aucun mot ne fut échangé, ils étaient déjà au-delà de toutes phrases, leurs yeux s’étaient déjà tout dit, leurs âmes s’étaient retrouvées. Il la prit dans ses bras et doucement, avec une tendresse presque douloureuse, il posa ses lèvres sur les siennes. Les couleurs à nouveau résonnèrent dans l’esprit d’Helena, explosant en mille feux d’une intensité jamais égalée. Le souffle court, elle recula, et soudain laissa sa joie et son bonheur éclater. Son rire qu’elle ne put contenir résonna dans la grotte, ce rire clair et cristallin qui s’élevait l’étonna. C’était la première fois qu’elle ressentait une émotion aussi forte, une émotion qu’elle ne savait définir mais qui l’enflammait toute entière, qui lui donnait l’impression de voler au-dessus de la grisaille de la ville. L’homme la regardait en souriant, lisant dans son regard le trouble que lui-même ressentait. Il posa ses mains sur les joues de la jeune femme, parcourant de ses doigts, de ses lèvres chaque courbe, chaque trait du visage, l’imprimant en sa mémoire, remettant en place avec douceur la mèche de cheveux rebelles…
22 juin 2006
Etrange destin (1)
Voici une nouvelle que j'ai ecrite il y a 4 ans. Vu sa longeur je suis obligée de la transcrire en plusieurs fois, j'espere que les coupures ne generont pas la lecture.
Soudain le silence de la nuit fut brisé : des crissements de pneus, des pas précipités, des ordres qui fusaient. Dans la maison encerclée, la femme se résigna. Calmement, sans faire le moindre geste inutile, elle s’assit. Il ne servait plus à rien de se cacher, de tenter de fuir. Ils l’avaient rattrapé.
Elle réprima un sursaut lorsque la porte s’ouvrit avec violence, des hommes, armes à la main, entrèrent, braquant sur elle leurs torches. Aveuglée, la jeune femme mis la main devant ses yeux et attendit… Son destin était scellé.
Elle se tenait droite, fière, les mains posées sagement sur les genoux. Aucun mot ne furent échangés. Les hommes la maintenaient en joue, eux aussi dans l’attente. Une nouvelle voiture arriva, un ordre bref fut lancé. Les hommes se mirent au garde à vous, des pas résonnèrent dans l’allée. Une silhouette sombre pénétra dans la maison. L’homme, guindé dans son uniforme noir, jeta un rapide coup d’œil à la femme qui s’était levée à son arrivée. Sa voix résonna dans la nuit glacée :
« A t’elle opposé une résistance ? »
Sur un signe de négation d’un de ses hommes, il se tourna alors vers elle. Son regard se fixa sur la jeune femme, parcourant d’un air indifférent ses courbes, ne s’attardant que quelques instants sur son visage, sans paraître en apprécier la beauté.
« Helena Saint Helme, Vous etes en état d’arrestation pour violation des articles SD256, QL45 et GT50P des Lois de l’Administration. »
Il se tourna alors vers un garde et lui fit signe d’emmener la jeune femme. Sans même lui jeter un dernier coup d’œil, il repartit en direction de la porte.. Vers le néant d’où il était venu.
Dans la voiture qui emmenait Helena à la prison du tribunal, le silence régnait. La jeune femme savait qu’il ne servait à rien de se justifier auprès des 3 hommes qui l’accompagnaient. Ceux ci ne l’écouteraient pas, leurs ordres étaient de la conduire auprès du juge, et rien ne devait les en empêcher, aucun des artifices qu’elle pourrait utiliser pour les faire plier ne marcherait. Ils étaient prêts a user de leur armes pour la faire taire.
Un peu plus tard, Helena était assisse sur le petit banc de sa cellule. Ses gardes l’avaient emmené jusque là et l’avaient laissé seule. La cellule était petite, grise et sale, pour tout meuble un banc et une paillasse jetée sur le sol, signe que cet endroit ne serait pour elle qu’un passage…
Helena regardait les murs qui étrangement semblaient se rapprocher d’elle, elle ferma les yeux, prise d’un vertige et laissa son esprit dériver. Elle se revit cinq mois plus tôt, avant que tout ne commence, avant que sa vie ne bascule, avant qu’elle ne devienne une fugitive…
Elle vivait alors dans le quartier résidentiel de NewPaïs, un quartier ordinaire, calme, tranquille. Derrière ses yeux clos, elle revoyait sa petite maison, si semblable aux autres habitations de la rue, et en même temps si différente. La petite barrière de bois blanc, les volets bleus décorés de fleurs lui donnaient un air printanier en toute saison. Helena sourit en y repensant, elle avait toujours aimé s’entourer de couleurs depuis sa plus tendre enfance. Cela lui avait d’ailleurs attiré bien des remarques et, petit à petit, les gens autour d’elle s’étaient habitués à ce qu’ils appelaient « ses bizarreries ».
L’intérieur de sa maison était tout aussi coloré, des tapis, des coussins qu’elle avait elle-même confectionné, assemblant des bouts de tissus trouvés au hasard de ses promenades, sur les murs des tableaux qu’elle avait peint elle-même, jetant de la couleur sur la toile comme certains jettent de l’eau sur un mur pour le laver. Helena lavait le blanc de sa vie, lavait la tristesse de ses murs à l’aide de sa peinture. Son mari la regardait parfois avec inquiétude, mais lui aussi avait fini par s’habituer. Il avait su dès le jour ou il l’avait rencontré pour leur mariage qu’il allait au devant des difficultés avec cette femme, c’était d’ailleurs pour cette raison que l’Administration les avait appariés, pensant que lui par son sérieux pourrait la ramener dans le droit chemin. Il y avait presque réussit, gommant la plupart de ses extravagances, sans toutefois arriver à les effacer toutes. Il n’avait qu’une peur, c’est qu’un jour une de ces excentricités finisse par lui attirer des ennuis, lui retirant tout ce que son labeur lui avait apporté au fil des années.
Sur son banc, Helena soupira et sourit.
« Tu es enfin débarrassé de moi Paul, murmura t’elle. Et sans soucis pour toi… »
Elle ouvrit un instant les yeux, et les referma bien vite tant la laideur des murs blanchâtres la faisait tressaillir. Elle replongea dans ses souvenirs, dans les couleurs de sa vie.
Elle revoyait le jour ou elle le rencontra, cet homme qui transforma sa morne existence. Cela se passait il y a cinq mois, lors de la promenade obligatoire dans le parc près de sa rue. Leurs regards se croisèrent, un instant, une seconde d’éternité. L’espace d’un moment elle se retrouva ailleurs, dans un monde ou la couleur était primordiale. Elle sentit en elle le printemps renaître, le soleil s’embraser. Mille parfums, mille couleurs l’environnèrent. Le bras de son mari la tirant pour qu’elle continua d’avancer la ramena à la réalité. Elle trébucha, se rattrapa de justesse et repris sa route sous les murmures indignés de Paul. Interrompre la promenade, ce rite quotidien, inlassablement répété n’était pas pensable. Elle continua donc de marcher, dans un état second, se laissant guider par son mari qui la sentant troublée prit sur lui d’accélérer le pas pour la ramener chez eux au plus vite.
Là, nulle question, l’incident semblait oublié pour Paul, comme effacé. Mais Helena gardait en sa mémoire et en son cœur l’éclat de ces yeux qui l’avaient touché au plus profond de son âme. Petit à petit sa vie tranquille repris, mais régulièrement elle guettait, attendant l’instant où le miracle se reproduirait. Et il revins…
21 juin 2006
Paroles plurielles consigne n°25
Sur cette photo, terminer le texte par : m'offrir a celui qui ne me voyait pas.
Sultane d’un soir
Captive parmis d’autres, je fut vendue au sultan de Rabat. Enfermée dans son harem, j’errais comme une âme en peine, ne voyant qu’a travers un brouillard la magnificence des pièces emplies de coussins et de tapis aux couleurs chaudes. Il n’y avait que dans les jardins que je retrouvais un peu de mon pays. La nostalgie me serrait le cœur, et la beauté harmonieuse des plantes et bassins était troublée par mes larmes.
J’étais rebelle a mon nouvel état, perdue au milieu de toutes ces femmes caquetantes et médisantes. Puisque m’enfuir était hors de question, me laisser mourir était devenu mon unique but.
Un jour pourtant, tout changea. Le sultan, cet homme qui était devenu mon maître, vint au harem. Mon regard se posa sur lui et mon cœur fut emprisonné. Il était grand, la peau couleur de sable, les cheveux noirs et les yeux de velours caressant. Hélas ces caresses ne s’adressaient pas a moi. Pas un instant ses yeux ne m’effleurèrent. Qu’étais je a coté de ces grands et blondes slaves, ou de ces beautés mystérieuses du désert ? Rien qu’une petite paysanne un peu terne…
Mais un soir, je tint ma chance. Je fut désignée pour danser pour lui. Je choisis d’interpréter la danse des 7 voiles. Sur un air de musique passionné, avec des gestes langoureux, j’ôtais un a un mes voiles. C’est ainsi que, totalement dénudée, je pus enfin m’offrir à celui qui ne me voyait pas
12 juin 2006
Paroles plurielles consigne n°24
Sur une image prise chez Asterie, le theme : Entre ciel et terre... tomber... ou m'envoler ?
Vivre
Qui es tu ?
Es tu un homme ? Es tu un Dieu ? Qui es tu toi qui veux tisser ma vie comme l’araignée tisse sa toile ? Qui es tu pour me dicter ma conduite ? Qui es tu pour vouloir tenir entre tes mains mon destin ?
Ta toile je la refuse, comme je refuse ton pouvoir et ta puissance. Je garde le fil de ma vie, je le filerai de mes doigts.
Je veux mener mes propres expériences, faire des erreurs, tomber à terre et me relever. Je veux rêver plus haut, pouvoir m’envoler au-delà des étoiles. Je veux plonger dans le ciel, plonger dans l’existence et la vivre pleinement. Je veux me noyer dans la terre, me noyer à cœur perdu dans un univers d’émotions et de sentiments. Je veux voler dans la mer, guérir mes bleus à l’âme au soleil des océans.
Je suis femme, épouse et mère. Je suis ciel infini, eau de la vie, terre nourricière. Je suis ce que je construis, je suis mon passé que j’ai accepté, je suis mon présent bien ancré dans l’instant, je suis mon, avenir qui reste à découvrir.
Je ne te dois rien, je ne demande rien. Je veux vivre, vivre tout simplement, intensément.
08 juin 2006
Myriel -23-
Voici le dernier texte de l'histoire de Myriel. Il s'agissait de savoir ce qu'elle allait devenir après l'horreur de la guerre, d'imaginer sa vie a la fin du serveur. J'ai joué le personnage de Myriel durant 13 mois environ. Elle a commencé sur le serveur a 4 ans et grandissait d'un an par mois. C'est un personnage que j'ai adoré jouer, j'espère que son histoire vous a plu.
Le destin de myriel
« La fatigue, l’horreur de la guerre, le chagrin immense ressentit à la mort d’Elson avaient terrassé Myriel. Elle n’était plus que l’ombre d’elle-même. Son sourire qui en avait enchanté plus d’un semblait avoir disparu à jamais. Elle errait à travers les terres d’Althéas saccagées par les batailles, sans remarquer que lentement la Nature reprenait ses droits. Ses frères et sœurs la voyaient marcher, pale, tel un fantôme, une mèche blanche apparue dans ses cheveux a la suite des combats lui tombant sur le visage. Et nul n’avait entendu sa voix depuis les heures terribles…
Elle avait accompli l’ultime sacrifice, celui de son amour, de son bonheur, de sa joie pour que naisse enfin le bonheur de celle qu’elle avait toujours appelé au fond de son cœur : Maman Nature. Elle avait perdu le goût de vivre, l’envie d’aimer. Elle avait tout perdu si ce n’est cette vie à laquelle plus rien de la raccrochait.
Au cours d’une de ses errances solitaires, elle tomba sur le corps d’un homme. Le temps n’avait pas encore accompli son œuvre et elle le reconnu… Son amour… Son unique amour… Elson..
A genoux près de lui, elle se mit à pleurer, un flot ininterrompu de larmes. Inconsciemment, elle tendit la main vers la dague du jeune homme et la sortit du fourreau. Elle resta là longuement, tenant au creux de ses mains la dague de l’être aimé, se remémorant leurs rires et leurs baisers, pensant à ce qui aurait pu être, a la vie qu’ils auraient pu avoir… La lame se posa sur les veines de son poignet…
Soudain une voix résonna dans sa tête, la voix d’une petite fille qui avait survécu à l’horreur : Tin qui lui disait tout son amour. Sous ses yeux défilèrent aussi les mots de Julyane, mots d’amour, d’amitié et de pardon. Une douce chaleur naquit en elle. Titania lui offrait le don le plus précieux, le don de vie. Myriel sut alors qu’un enfant allait naître de cette nuit magique, cette unique nuit d’amour qu’elle avait vécu avec Elson.
La lame tout doucement glissa de ses mains et tomba a terre, sans bruit sur la mousse. Un sourire d’une tendresse infini se dessina sur le visage de la jeune femme. Elle se releva lentement, murmurant un dernier adieu a cet homme que jamais elle n’oublierai et repartit en direction du cercle.
Elle y retrouva Mindalann, sa tante qui n’avait jamais cesser de s’inquiéter pour elle, et Tin cette petite puce qui était l’amour personnifié. Elle leur avoua son doux secret. Elle allait vivre pour Titania, pour elles deux, pour ses frères et sœurs et surtout pour cet enfant quoi chaque jours grandissait en elle. »
Lyre,
Sylphe d’une enfant devenue femme
Amie de Myriel
P.S. HRP :
Voila je ne pouvais en rester la. Je voulais donner une suite a cette histoire. Pour des raisons que certains connaissent je ne pouvais tuer Myriel, à la rigueur la faire mourir de chagrin, mais quand j’en ai parlé, plusieurs d’entre vous ont hurlé… alors voilà, Myriel vas retrouver le bonheur et élever son enfant à l’aide de tous, dans l’amour de la Nature et le souvenir de son père.








